Une voix demande d'accueillir une légende, un gars qui était là chaque fois que l'Ancien-Monde a basculé. Un de ces troubadours célestes chers à Kerouac qui est monté très haut, retombé bien bas pour jaillir à nouveau au-dessus des cimes. Tout en fixant la scène sur laquelle se glisse un orchestre chapeauté à la manières de ces combos qui joues le blues le samedi soir dans les rades d'Amérique. L'instant est bouleversant. Mais nullement déprimant. Dylan à Genève, un lundi soir?!? Evenement mythique pour un concert simplement fabuleux. Le groupe commence a se chauffer sur " Watching The River Flow" La compo est magnifique les guitares se déchainent sur des rythmiques saturées par un orgue qui crache ses notes brûlantes comme si c'était le Al Koooper de l'été 1965 qui fouillait ses touches. "I'ts All Over Now, Baby Blue" est enfilé comme dans un rêve. A la troisième chanson, pour l'unique fois du spéctacle, le magicien va repasser à la six-cordes, histoire te tanner la peau du délicieux "Just Like Tom Thum's Blues". A la frontière du passé et du chaos sublime approché jadis par les jazzmen cosmiques, "Stuck Inside Of Mobile Whit The Memphis Blues Again" appuie la beauté d'un show organique.
Dylan qui, hasard heureux, a publié le 24 Avril son dernier album"Together Through Life", nouvelle collection merveilleuse de dix titres folk-blues qui viennent se rajoutés dans sa discographie car le périple sonique entrepris par le gamin juif du Minnesota a qui l'on disait qu'il n'aurait aucune chance dans la musique n'est pas près de s'achever a l'approche de son 68ème Anniversaire (qu'il fêtera le 24 mai prochain), Bobby continue de soulever la poussière des musiques noires du sud profonds des États-Unis. Il a compris qu'il ne trouverait jamais rien de plus excitant à faire. Le son cogne aussi fort qu' Hurricane carter (boxeur injustement emprisonné auquel Dylan dédia un titre mythique en 1975), possède ce grain visible propre à terrifier les disciples de l'ère numérique. Jambes écartées, l'artiste chante comme dans sa jeunesse ce chant-là qu'on n'enseigne pas à la Nouvelle Star" m'a emporté vers les étoiles "Ballad Of A Thin Man", "Thunder On The Moutain, "Like A Rolling Stones". Trois heures et un rappel sensationnel plus tard "All Along The Watchtower", "Spirit On the Water", "Blowing in The Wind" libérées en coulées de lave, l'homme repart en trottinant dans la nuit sous mon regard humide de simple mortel comblé sachant qu'il est incontestablement le chanteur américain dont l'œuvre a exercé l'influence la plus profonde sur la chanson et la musique tant aux USA qu'en Europe, il fut avec Joan Baez, le porte parole le plus écouté de la contestation qui a soufflé sur les campus des universités américaines, lors de la guerre du Vietnam. S'il a semblé parfois s'assagir, c'est qu'il s'est renouvelé. Le cerner dans un texte est impossible. A côté du chanteur, il y a le poète Bob Dylan.